À l'ère du tout numérique, où tout va vite, très vite, nous voici face à un curieux appareil qui réveillera bien des souvenirs chez certains. Un lecteur à bande magnétique, de ceux que l'on retrouvait dans bien des studios et stations de radio il y a quelques années de cela.

Loin d'être experts en la matière, nous nous sommes posé la question de la pertinence d'un appareil de ce type : passé l'aspect nostalgie, cette lecture à bande peut-elle encore nous surprendre ? Difficile de mieux y répondre qu'en faisant le test.
Au déballage, la première impression est celle d'un appareil robuste. Ici, pas d'écran d'aucune sorte : un simple compteur numérique en son centre permet de savoir où l'on en est sur la bande. Toutes les fonctions s'actionnent par des boutons mécaniques qui semblent solides, et un sélecteur permet de s'adapter à la force de magnétisation que la bande a reçue, afin d'être au plus près de l'enregistrement initial. On ne fait clairement pas dans la fioriture, et on garde l'esprit Revox des premières heures.
Un mot sur la machine
Revox, c'est la branche grand public de Studer, la maison fondée en Suisse par Willi Studer à la fin des années 1940. Le B77 d'origine est apparu en 1977 et a été produit jusqu'en 1998 — autant dire qu'il a traversé les époques. La version qui nous occupe ici, la MKIII, n'est pas un vieux modèle restauré : c'est une fabrication neuve, assemblée à Villingen en Allemagne. On y a conservé le concept d'entraînement à trois moteurs (deux moteurs de bobine, un cabestan à entraînement direct asservi), mais l'électronique a été entièrement revue. Têtes redessinées, circuit audio repensé sans condensateur électrolytique dans le chemin du signal, égalisation commutable CCIR/NAB, sorties XLR et RCA, compteur numérique. L'ensemble reste cent pour cent analogique, sans la moindre puce logicielle dans l'appareil — un parti pris assumé. La production est volontairement limitée, de l'ordre d'une vingtaine de machines par mois, ce qui explique aussi son positionnement tarifaire.
Le sélecteur évoqué plus haut renvoie d'ailleurs à deux références de flux, 320 et 510 nWb/m, qui correspondent à des générations de bandes différentes : on adapte la machine à la bande que l'on a entre les mains, pas l'inverse.
À l'écoute
L'appareil est connecté en XLR sur un système composé d'un amplificateur Audio Research I70 et d'une paire de Tannoy Stirling LZ, un ensemble le plus simple possible et dont la musicalité n'est plus à prouver. Le choix se porte sur une bande de « The Oscar Peterson Trio », « Another Day », éditée par Revox elle aussi. Le calage de la bande effectué, il ne reste qu'à rembobiner puis à lancer la lecture.

Une atmosphère se dégage immédiatement. Nous sommes d'ailleurs surpris par cette capacité à transposer la pièce dans laquelle l'enregistrement a eu lieu. Il y a du grain, c'est indéniable, mais la vie qui s'en dégage, la fluidité du jeu de piano et cette forme de « rondeur » nous happent dans la musique : le pied bat la mesure, et le plaisir est bien là. Sur le morceau « Girl Talk », la présence du piano est remarquable. On pourrait reprocher une définition légèrement en retrait de ce que nous auditionnons habituellement, mais le réalisme prend très largement le dessus, et la libération d'harmoniques dans le bas du spectre vient compléter ce beau tableau.
Nous vient alors l'idée de faire chanter le B77 sur un système moins évident, plus exigeant. Notre maître étalon reste Wilson Audio : une paire de Sasha V joue dans l'auditorium du bas, emmenée par un préamplificateur Audio Research REF 6SE et une paire d'amplificateurs Dan D'Agostino Momentum M400 XV. À ce niveau de système, l'approximation n'est pas permise et s'entend immédiatement.
Sur la même bande, l'effet « whaou » ressenti sur le système précédent est toujours là, le plaisir aussi, et nous gagnons en aspect immersif. Le B77 n'est donc pas à ses limites et trouve parfaitement sa place dans un système de ce niveau. Nous enchaînons quelques bandes en présence d'un auditoire d'une dizaine de personnes venues à notre rencontre pour le dernier salon de Club Hifi Rennes ; tous partagent notre enthousiasme.

Survient alors un moment hors du temps, comme il en existe peu : une bande de Lori Lieberman, « Truly », qui va tous nous subjuguer, et où le plaisir de l'analogique devient indéniable. Une expérience que certains, dans l'auditoire, comparent au plaisir de se servir un très bon bourbon et de prendre le temps de le savourer.

Nous sommes même allés jusqu'à passer de la bande du B77 à l'enregistrement numérique HighRes disponible sur Qobuz — le lecteur réseau du système n'étant pas en reste, puisqu'il s'agissait de l'Esoteric N01XD SE. Chacune des deux écoutes offre quelque chose de différent : le côté chaud et enveloppant de la bande face à une lecture plus détaillée et définie. Quoi qu'il en soit, la légende du B77 n'est pas près de s'éteindre quand on voit sa capacité à déclencher de l'émotion.
Le Revox B77 MKIII est disponible à l'écoute sur rendez-vous dans nos trois magasins — Bordeaux, Vendée et Rennes. Venez vous aussi vivre l'expérience de l'analogique et vous forger votre propre opinion, car une seule oreille : la vôtre.
